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Visite de travail VvK 2026

Entre le 15 septembre et le 10 octobre, une délégation de notre groupe de travail VvK – Balunda ba Kankala effectue une mission de terrain approfondie auprès du CrsK. Durant cette période, nous souhaitons renouer le dialogue avec nos partenaires, assurer le suivi des projets, identifier de nouveaux besoins et rechercher ensemble des solutions durables.

Nous tenons à rappeler que tous les frais liés à ce voyage — transport, hébergement, repas, déplacements et visites — sont entièrement pris en charge par les participants eux‑mêmes. Cette mission représente donc un engagement volontaire en temps, en moyens et en énergie de la part de chacun.

Cette année, notre délégation est composée de Jos Ceyssens, Marc et Annie Ceyssens‑Princen, ainsi que Jos Cramers (ORS), qui rentreront fin septembre. Jan Vermeyen, Ward Ceyssens et son frère Johan resteront plus longtemps sur place et poursuivront le travail jusqu’au 10 octobre.

 

Jour 1 
 

Départ de Zaventem

Mardi 15 septembre.

À neuf heures, sept voyageurs pour le Congo se rassemblent dans le hall de départ de Zaventem. Six hommes, une femme.

Marc et Annie, Jan, Ward et son frère Johan, Jos et Jos.

 

La visite annuelle et la « remise à niveau » de Kankala, complétées par une visite au projet ORS de Jos 2 à Kananga, sont au programme cette année.

Nous visiterons également l’hôpital régional de Mikalayi, un projet dans lequel Jan s’investit depuis des années avec passion. Avec l’abbé Joseph, le Dr Emmanuel et l’électricien Pisco, les derniers accords seront pris concernant l’installation solaire de Kamponde.

Il s’agit d’une installation solaire complète destinée à un hôpital de brousse, l’ancienne maison du père Ceyssens, il y a plus de soixante ans, à l’époque du Congo belge.

Le matériel a été acheté en Limbourg, transporté par bateau jusqu’au Congo, puis acheminé vers l’intérieur du pays. Un véritable exploit logistique. Je brûle une grosse bougie à la maison pour que tout arrive sain et sauf à Kananga.
 

Petites traditions

En duty free, une bouteille de Ricard a été achetée — clin d’œil à Luc — pour clôturer les soirées à Kananga. Une petite tradition.

Beaucoup de place dans l’Airbus de Brussels Airlines ; le traditionnel poulet au riz était au menu, et l’atterrissage extrêmement doux, réalisé par une commandante de bord. Applaudissements.

Douane rapide, tapis roulant hésitant, puis nous montons à sept dans une camionnette blanche surchargée pour rejoindre le centre-ville. Direction la Procure Sainte-Anne : trajet rapide, moins chaotique et bien moins dangereux qu’en octobre dernier. Un mardi soir à Kin n’est pas un dimanche soir.

Première soirée

Enregistrement, recherche des chambres, un sandwich à la confiture et au fromage Philadelphia au bar, et une première Primus sur le sol congolais. Pas la dernière.

Demain, nous rendrons visite aux changeurs et nous irons dans Kinshasa.

Le président est fatigué, épuisé. Tout le monde est fatigué et monte se coucher.

Encore un dernier message WhatsApp vers la maison.

Bonne nuit.

Jos

Jour 2
 

Première journée complète à Kinshasa

Première journée complète à Kinshasa, la mégapole du Congo. Aujourd’hui, pas de misère, pas de chaos, pas de découragement. Nous cherchons ce qui est léger, beau et agréable.
 

ProcFin

Ce matin, nous avons rendez-vous avec Madame Curia de ProcFin, sur le campus de la Procure. ProcFin est la banque des Pères de Scheut au Congo, avec laquelle l’asbl Kankala collabore depuis des années depuis le Limbourg.

Cette banque gère également les fonds du Kampondefonds destinés aux panneaux solaires et à l’installation électrique du foyer maternel. Madame Curia est une femme élégante, intelligente, patiente, sage et coopérative. Elle nous aidera à ouvrir un compte destiné à payer les électriciens locaux et les fournisseurs à Kananga.

Nous déjeunons encore d’un délicieux kiphutsepot à la Procure, puis nous montons tous les sept dans un minibus en direction du Musée National. Grand, moderne et instructif. Construit par les Coréens et désormais soutenu financièrement par les États‑Unis. Culture en échange de matières premières.

Ensuite, nous roulons dans un embouteillage chaotique vers le majestueux fleuve Congo. Le Majestic River est un restaurant‑bateau de haut niveau. Nous l’avons bien constaté : jamais les écrevisses ne m’ont paru aussi savoureuses.
 

Les deux visages de Kinshasa

Nulle part à Kinshasa les grues de construction ne sont plus nombreuses qu’ici. Nouvelles digues, grands immeubles résidentiels, nouveaux quais, yachts luxueux. Un autre monde, je l’admets. Totalement différent de ce que l’on trouve cinq cents mètres plus loin dans la ville.

Jan nous raconte son histoire de vie passionnante, son amour pour Mikalayi, son amour pour le Congo, sa fierté d’être infirmier — l’un des plus beaux métiers au monde. Ses hauts et ses bas, ses moments de bonheur et ses épreuves, tandis que le soleil tropical disparaît lentement derrière un voile de nuages gris.

Soudain, la nuit tombe et Brazzaville scintille de toutes ses lumières de l’autre côté du fleuve.

Retour à la Procure, retour à notre refuge au cœur de la ville.

Encore un peu de travail quotidien. Un petit message WhatsApp vers la maison.

Bonne nuit.

 

Jour 3
 

Hier, la journée était détendue. Aujourd’hui, elle est plus intense. Une idée de Ward, agronome avec de nombreuses années d’expérience en Indonésie.
 

Visite de deux organisations agricoles

Nous visitons deux organisations partenaires qui développent des initiatives agricoles dans les environs de Kinshasa. Production autonome et vente pour générer des revenus propres. Un modèle important pour notre projet Kankala à Kananga et, qui sait, peut‑être aussi pour Kamponde.

« Environs de Kinshasa » ? Tout est relatif.

Réveil à six heures trente. Départ à sept heures trente avec le minibus blanc, direction la ville, puis la cohue, sur vingt kilomètres. Aucune mégapole au monde ne connaît un chaos routier aussi monstrueux que cette ville de plusieurs millions d’habitants.
 

La route : un enfer vivant

Vingt kilomètres de route principale longeant le fleuve Congo. Une voie à quatre bandes, des dizaines de carrefours, des dizaines de milliers de motos, des milliers d’épaves de voitures et de bus, et parfois un véhicule neuf. Des camions de toutes tailles crachent une fumée noire. Des charrettes à deux roues transportent des sacs de charbon de bois. Un travail d’esclave.

Cris, hurlements, klaxons stridents en continu. Et pourtant, parfois, un sourire.

Aucun feu rouge. Tout le monde traverse comme il peut. L’enfer de Dante. La loi du plus fort, du plus agile.

La police ne peut qu’observer. Une fourmilière gigantesque où un État sans moyens, sans argent et sans pouvoir tente malgré tout de garder le contrôle.

Deux cyclistes aperçus. Peut‑être une partie de la solution.

Des milliers de piétons traversent seuls ou en groupe, avec un véritable mépris du danger. Pas un accident vu. Pas un blessé. Pas un mort au bord de la route. Un miracle. Dieu veille, il n’y a pas d’autre explication.

À gauche et à droite, une succession interminable de petites échoppes, stands de boissons, cafés misérables, églises évangéliques peintes en blanc et bleu. Vendeurs de cercueils, de bois, de pneus, de fil de fer. Tout ce que les Chinois importent par conteneurs à Matadi est revendu ici en quantités minuscules.

Et partout, des montagnes de déchets et de plastique. Un problème surhumain. Mon cœur de « nettoyeur » saigne.
 

Enfin le calme

Après deux heures, le minibus atteint une zone plus tranquille : les collines verdoyantes autour de Kinshasa. Nous sommes accueillis à la ferme Mbeshi des Frères de la Charité. Un domaine immense avec des salles de cours, l’inévitable terrain de football, une porcherie, un poulailler, et plus bas dans la vallée, des étangs de pisciculture et une série de potagers et de vergers, grands et petits. Œufs, viande, légumes et fruits pour la consommation interne et pour la vente.

Ward et Johan, nos agronomes, étaient ravis. Moi aussi. Le modèle fonctionne.

 

Deuxième visite : ORPER

Notre deuxième arrêt est la ferme des orphelinats ORPER, le précieux projet d’Annie Steegmans, à Kinshasa et en dehors de la ville.

Une sœur nous guide à travers une batterie de poules pondeuses, une porcherie ingénieuse, puis à nouveau des potagers et des vergers. Même principes, mêmes objectifs, mêmes résultats.

Les agronomes satisfaits, nous aussi.
 

Retour à Kinshasa

Retour dans le minibus blanc. Sept hommes et une femme. Encore deux heures de chaos routier.

Enfin de retour à la Procure. Un délicieux repas chaud : poulet, poisson avec riz et banane plantain. Jan mélange le riz blanc avec la pilipili rouge. Délicieux.

Coucher tôt. À quatre heures trente, le minibus sera devant la porte. Trajet vers l’aéroport. Kananga, nous arrivons.

Encore un message vers la maison.

Bonne nuit.

 

 

Jour 4 

 

Réveil matinal

À quatre heures trente, le réveil sonne. Rasage, dernier rangement, les lourdes valises sont descendues dans l’escalier de la Procure. Les sept membres de l’équipe Kankala prennent leur petit-déjeuner, puis se glissent dans la camionnette blanche et, à cinq heures précises, se dirigent vers l’aéroport. Cette fois, le trajet est rapide. Kinshasa s’éveille à peine : seulement des camions, peu de motos, aucun piéton.

À six heures trente, nous arrivons à l’aéroport, dans la zone réservée aux vols intérieurs. La partie ancienne, encore intacte, rappelle l’époque coloniale : chaos, cris, bousculades, tiraillements. Heureusement, le chauffeur prend en charge toute la procédure administrative.

Douane, billets, contrôles divers. Toujours le même chaos, les mêmes cris, les mêmes bousculades au contrôle des bagages. Ce dernier me soutire encore quelques dollars.

Trois heures d’attente dans une salle misérable et bruyante, puis enfin la piste : direction l’Airbus A320 rouge et blanc. Quelques nuages légers, une agréable brise de septembre. Nous respirons.


 

Arrivée à Kananga

Trois heures plus tard, nous atterrissons à Kananga. La chaleur tropicale est écrasante.

Un comité d’accueil nous attend : jeunes filles en blanc avec des fleurs, une véritable fanfare, des drapeaux, une foule de photographes au pied de l’avion. Pas pour nous, mais pour un sénateur du Kasaï qui voyageait à bord.

Encore le chaos du débarquement : cris, agitation, tiraillements. Un douanier âgé, maigre, portant des lunettes, note patiemment tous les noms dans un cahier. Un véritable havre de calme et de douceur.

Buffalo, Etienne et Germain composent notre comité d’accueil. Chaleureux, sincère, authentique.

En colonne de deux véhicules tout‑terrain, nous prenons la route vers Tsheila. Des kilomètres de nouvelles routes asphaltées sont visibles.

Les chambres sont attribuées, chacun déballe ses affaires, une courte sieste, puis direction la ville. Nous sommes six, accompagnés du comité, pour un repas simple : poulet, poisson, riz, frites et la délicieuse bière congolaise.

De retour à la maison, la bouteille de Pernod de Luc & Jos est ouverte. Longue vie aux panneaux solaires, installés par le groupe d’Albert il y a environ sept ans.

Tout le monde est fatigué, tout le monde se couche tôt. Demain, samedi, une journée de réunions nous attend.

Encore un message vers la maison. Pas d’internet pour le moment. Dommage.

Bonne nuit.

Jos

 

Jour 5 
 

Samedi matin à Tsheila

Samedi matin. Lorsque j’ouvre la porte de ma « suite », un vent frais du matin me frappe au visage. Toute la cour intérieure, divisée en petits parterres, respire le calme. Des massifs de fleurs, de jeunes manguiers et une savane tondue composent le décor. Je suis né ici et j’y ai vécu neuf ans. Je reconnais immédiatement l’odeur du Kasaï de mon enfance.

Le petit-déjeuner « œufs et lard » de Benoît, accompagné d’un assortiment de fromages, de café soluble, de chocolat à tartiner et de confiture venue de Belgique, est devenu un moment fort de la journée.

L’assemblée générale de l’asbl, prévue à neuf heures, commence à dix heures, heure congolaise. Le programme des réunions et des visites de la semaine suivante est fixé. La présentation claire de Marc, la langue des chiffres, les perspectives d’avenir et la préparation de l’importante assemblée générale du CrsK de samedi prochain — avec Caritas, Unicef et Divas — sont exposées.

La direction locale a eu un moment difficile lorsque Marc a montré, graphiques à l’appui, la tendance à la baisse des revenus de notre association.

Le midi, Benoît sert le premier repas chaud : délicieuses pommes de terre, tranches de tomate, laitue frisée et même du « steak ». Pas celui de nos Blanc-Bleu-Belges, mais tout de même.

Ensuite, nous partons en Hilux blanche, la benne remplie, vers Kankala 2, la maison des filles.

Immédiatement, un premier miracle : Annie retrouve le téléphone de Johan sur le siège passager. Depuis la veille au soir, il le cherchait partout après l’arrivée de l’avion. Tout fouillé, deux fois, trois fois. Carte bancaire bloquée — pas drôle si loin du pays. Et puis : Eureka ! Trouvé ! Rarement quelqu’un a semblé plus heureux. « Les hommes cherchent, les femmes trouvent », selon Annie.

Accueil enthousiaste et chaleureux. Chants, discours, visite de locaux très pauvres, puis du jardin et de l’installation d’eau potable. Des poupées venues de Flandre, des bonbons distribués. Une vraie joie d’enfants.

Nous voyons ce que nous voyons : la pauvreté humaine, dissimulée sous la joie de vivre du personnel. Plus tard dans la soirée, ce sera le sujet principal de la discussion à table.
 

Le dernier des Mohicans

Ensuite, dernière visite de la journée. Nous allons voir le père Yvo, le dernier des Mohicans, le dernier missionnaire scheutiste flamand au Congo. Cinquante-cinq ans de service. Entouré de cinq jeunes scheutistes en formation et de deux soldats ayant connu de nombreuses guerres, il nous reçoit. Bière et limonade orange. Jan lui remet un sac de tabac, de l’argent de la famille et une petite boîte de piles pour son appareil auditif. Essentiel pour ce vieux combattant. Pour combien de temps encore ?

Repas à sept heures. Les restes du midi.

Je commence mon rapport, accompagné du traditionnel verre de Pernod « Luc & Jos », bien frais. Encore un petit message vers la maison.

Bonne nuit.

Jos

Jour 6
 

Dimanche au village

Aujourd’hui, c’est dimanche. Nous sommes attendus au village pour la messe. Pas une messe ordinaire : une messe africaine. Buffalo savait que trois jours sans pluie signifiaient que la route serait praticable.

Une petite colonne de deux jeeps quitte la ville en se frayant un passage. Aucune voiture, seulement des motos chinoises sur la route. Beaucoup de piétons en tenue du dimanche. Une foule jusque devant les nombreuses petites églises évangéliques. Les églises des Témoins de Jéhovah sont les plus soignées. Dans le champ de Dieu, toutes les fleurs religieuses poussent.

La route vers le village est, par endroits, complètement ravinée. Gravement endommagée. Nous atteignons le village des garçons avec difficulté. Pas d’accueil messianique comme l’an dernier — ce n’est pas nécessaire. Mais un accueil sincère de la direction et des jeunes.

La messe est une expérience religieuse presque saisissante. Les plus beaux chants, des enfants de chœur qui se balancent doucement, un public dansant, des percussions sur des tambours et un clavier électrique alimenté par batterie. Le prêtre reste en arrière‑plan. Seule une homélie beaucoup trop longue, en tshiluba et en français, interrompt la fête vibrante. Puis vient un discours remarquable du préfet, digne d’un tribun populaire.

À la sortie, des bonbons sont distribués, puis nous nous dirigeons vers le bâtiment principal. Jan fait décoller le drone — toujours un moment d’extase. Ward et Johan inspectent les terrains et les parcelles pour en évaluer les possibilités. Marc et Annie parcourent le site avec la direction, filmant et photographiant sans relâche. Rapporter sans images est impossible.

Je m’occupe des garçons plus âgés, qui plaident avec passion pour le football au village. « Le matin, étude et travail ; à midi, le repas ; l’après‑midi, le football ; puis le sommeil », explique l’un d’eux. « Il y a un championnat le week‑end entre quatre villages, avec trois équipes de jeunes. » Ils jouent pieds nus et rêvent de chaussures.

Le seul écran de télévision est tombé en panne récemment. Plus de football européen, plus de documentaires, plus de fenêtre sur le monde. Pour moi, c’est indispensable, dis‑je plus tard à table.

Nous repartons vers Tsheila. Secoués mais sans heurts, nous arrivons à la maison.

Benoît nous accueille avec un excellent repas. Jan et moi faisons une longue sieste, puis une douche « à la congolaise ». Marc se plonge dans ses dossiers. Annie, Ward et Johan partent à la recherche du marché. Une expérience à part entière, une immersion congolaise de plus. Germaine est notre guide et accompagnatrice. Un petit compte rendu d’Annie suit.

 
Visite du marché – récit d’Annie

Pendant que Marc prépare les réunions des prochains jours et qu’une partie du groupe profite d’une sieste ou d’une longue douche froide, Ward, Johan, Germaine et moi nous rendons au marché local.

Quelle expérience ! Des odeurs, des couleurs et des sons nous submergent de toutes parts. Germaine nous guide avec assurance à travers la foule : elle nous prend par la main, nous entraîne — slalomant entre la circulation dense — jusqu’à l’autre côté de la rue, tout en tenant les vendeurs insistants à distance.

Ici, une seule règle prévaut : voitures et motos ont toujours et absolument la priorité, à 100 %.

Germaine nous fait découvrir une offre infinie de légumes, fruits, poissons exotiques, et même des chenilles. Avec son aide, j’achète quelques poissons‑moustaches encore vivants pour le repas du soir, qui sont donc rapidement sacrifiés sur place. Ward considère cela comme un délice ; pour ma part, je me limite à l’achat et j’offre le reste avec plaisir.

Outre les poissons, nous achetons également quelques petites poubelles pour nos chambres. Nous rentrons satisfaits, tandis que des nuages sombres s’amoncellent au‑dessus de Kananga. Tout le monde espère la pluie, mais à part quelques gouttes, il ne tombe rien.

Après le dîner, une partie du groupe va directement se coucher. Marc poursuit encore un peu ses préparatifs, et pour une fois, je rédige un petit compte rendu de ce moment de la journée.

Affectueusement, Annie


Informations complémentaires

Tôt le matin, avant notre départ pour le village, Ward et Johan ont déjà effectué des plantations dans le futur potager de Tsheila.

Jour 7 


Début de la semaine

Lundi matin en Flandre, la semaine démarre. Lundi matin à Kananga, ici aussi la semaine de travail commence. Chaque service de Kankala est invité, analysé ensemble, évalué à l’aide d’un PowerPoint, les nouvelles priorités sont expliquées, les questions sont traitées et les préoccupations écoutées.

Ce matin, nous faisons d’abord un détour par le centre-ville avec le Hilux de Buffalo. Les freins avant sont rapidement réparés avec les moyens du bord. L’article 15 au Congo reste d’actualité : « Débrouillez‑vous ».

Nous sommes ensuite reçus de manière professionnelle chez ProcFin, la banque des Pères de Scheut. Elle gère les fonds du Kampondefonds destinés à l’installation solaire du centre médical, l’ancienne maison familiale des Ceyssens. Un compte local est ouvert pour payer les électriciens et les fournisseurs de Kananga.

Retour à Tsheiba pour la première réunion de travail. Le manifeste de protection de l’enfance de Caritas est expliqué en détail et mis en œuvre au sein de Kankala.

L’après‑midi est consacré au Milieu Ouvert, l’accueil ouvert. Ce service est le moteur de Kankala : il organise le retour des enfants des rues vers leur famille et leur foyer.

Je prends ensuite le temps, avec Jan, de remettre en ordre le local de premiers secours. Ce n’était pas vraiment nécessaire : la pièce était étonnamment propre depuis notre dernière visite. Nous avons simplement placé sous vitrine les médicaments apportés de Belgique.

 
Jardiniers, matelas et lunettes de toilettes

Toute la journée, nos agronomes Ward et Johan forment deux jardiniers : comment, pourquoi et quand planter légumes, arbres fruitiers et arbustes dans le grand jardin du centre. Ils creusent, bêchent, aèrent le sol, ratissent la plantation, en sueur. Corriger et améliorer progressivement les habitudes bien ancrées : telle est leur devise.

La journée de travail touche à sa fin. Certains d’entre nous se réveillent le matin avec le dos très raide. Quelques toilettes ont besoin d’une nouvelle lunette. Avec Buffalo, nous achetons rapidement ce soir quelques matelas et deux lunettes de toilettes, pour rendre notre séjour un peu plus confortable.

Le soir, le vieux cuisinier Benoît sert pour la deuxième fois de la journée du foie, du riz et de la tomate. Je n’en reçois jamais en Belgique de la part de mon épouse. Elle a raison.

Un grand verre de Pernod « Luc & Jos » avec de l’eau glacée est savouré. L’anis facilite la digestion. Encore un petit message vers la maison.

Il fait noir comme de l’encre lorsque je regagne ma chambre en marchant. La ville dort. Heureusement qu’une lampe de poche existe.

Bonne nuit.

Jos

Dag 8 


Uniformes scolaires et savanne reboisée

Cette nuit, j’ai moins bien dormi. Bruits sur le toit en tôle. Des rats. À sept heures trente, je me lève. La cour intérieure se remplit lentement de garçons et de filles portant les plus beaux uniformes scolaires : bleu et blanc, avec des chaussettes blanches. Tous ces enfants ont autrefois été des enfants des rues, retrouvés et accueillis dans les deux centres, puis réintégrés dans leur famille. C’est le travail du Milieu Ouvert, l’accueil ouvert. Les frais de scolarité de quatre cents enfants sont pris en charge par la VVK en Belgique.

Une délégation de ces enfants vient nous saluer. Petit discours. Remerciements sincères.

Ce matin, nous sommes invités chez ORS, une organisation sœur de Kankala, qui a développé en périphérie de la ville une entreprise socio‑économique avec des enfants des rues. Un domaine de quatre‑vingts hectares.

Nous sommes accueillis par Jean Pierre, agronome érudit, et Chantel, lady in red, véritable cheville ouvrière de l’organisation. Belle, intelligente, compétente.

Reboisement, miel, huile de palme et briqueteries sont leurs spécialités. Grâce aux subsides carbone venus de Bruxelles, des acacias, palmiers et autres agrumes sont plantés. Une pépinière impeccablement entretenue, à côté d’étangs de pisciculture, est le point culminant de la visite. Nous sommes agréablement surpris. Le modèle fonctionne. La savane est redevenue forêt. Vraiment.

Ward et Johan achètent plusieurs jeunes plants pour notre centre.

Retour ensuite au centre‑ville. L’équipe d’ORS nous invite à une collation et un buffet chez les sœurs Les Servantes des Pauvres, un ordre religieux d’origine italienne. Une oasis de calme dans un monastère. Nous déjeunons sous un immense manguier. Délicieux. Une brise fraîche. Il fait 23 degrés.

 
Réunions, pluie et Ricard

Retour à Tsheila. La réunion avec le comité de direction et le conseil d’administration est reportée à seize heures.

Pendant que Marc, Jan et Annie préparent l’assemblée générale de samedi avec les deux comités de direction, je me retire pour une sieste. Une habitude de longue date.

La soirée tombe. Benoît, le cuisinier, prépare un repas chaud. Une première pluie tropicale traverse Kananga.

Demain, nous rencontrerons une délégation de Kamponde : l’abbé Joseph, mon collègue le Dr Emmanuel et Pisco, l’électricien, pour discuter du projet de panneaux solaires sur la maison de mon père, aujourd’hui un centre médical.

Le Ricard « Luc & Jos » est apprécié. J’envoie mon message quotidien vers la maison.

Bonne nuit.

Jos

Jour 9 


Pluie, Caritas et charbon de bois

Toute la nuit, il a plu — fortement. Par moments, le tonnerre roulait au‑dessus de Kananga. Pas de rats sur le toit cette fois.

Comme chaque matin, j’ouvre d’abord la porte. La cour intérieure a été nettoyée par la pluie. Deux salamandres digèrent encore la nuit. C’est une journée importante.

Dans la matinée, nous sommes accueillis par Caritas Kananga. Sœur Brigitte, également médecin, dirige ici un mouvement socio‑caritatif majeur. Une femme forte, intelligente, ouverte d’esprit.

Nous recevons une belle présentation PowerPoint sur l’ensemble de leurs activités. Les projets de reboisement de la savane, aujourd’hui dénudée, retiennent particulièrement notre attention, ainsi que leur système de microcrédit.

On nous présente un petit four à charbon récemment développé ici : un appareil métallique rond, solide, qui consomme 50 % de charbon en moins. Le CrsK dépense chaque année plus de 4 000 dollars en charbon pour ses foyers.

Dans la cour intérieure de Caritas se trouve une petite flotte de Land Rovers blanches de l’USAID. Inactives, rouillant depuis qu’un président américain a supprimé le financement de l’agence d’un seul trait de plume — connu dans le monde entier. Cette image de jeeps inutilisées nous donne à réfléchir. Nous y reviendrons plus tard.

À dix heures, la sœur nous offre déjà un repas : morceaux de chèvre, amarante, banane plantain frite et petits pains. Affamés ou non, refuser serait impoli. Ce sera le premier des trois repas chauds de la journée.

 
Kamponde, poulet‑bicyclette et Jean Gabin

L’après‑midi marque pour moi le moment fort du voyage. L’abbé Joseph et mon collègue, le Dr Emmanuel, sont venus de Kamponde jusqu’à Kananga. En moto, 140 km à travers la brousse. Un trajet loin d’être évident. Pisco, l’électricien, est également présent.

Marc présente, via un PowerPoint, l’installation solaire prévue pour l’ancienne maison tropicale de notre père, aujourd’hui un foyer maternel. La collecte de fonds au sein de la famille et du réseau a permis de financer les panneaux solaires pour le centre médical et le centre paroissial de Kamponde.

S’ensuivent des échanges de paraboles et des discussions techniques sur l’emplacement des prises et des points lumineux. L’abbé a préparé un discours rempli de gratitude et d’émotion.

Il est presque dix-neuf heures. L’abbé et le médecin montent à l’arrière de la moto d’Étienne pour aller dans un « bon » restaurant. Étienne est l’économe, responsable financier du CrsK. Le reste du groupe suit dans la jeep bondée de Buffalo, directeur du CrsK.

La nuit est tombée, noire comme de l’encre.

Le traditionnel poulet‑bicyclette est servi. C’est ainsi qu’on appelle ici les poulets locaux : maigres et sportifs, car ils courent toute la journée dehors, et sont souvent transportés vers le marché à l’arrière d’un vélo. La viande est maigre, mais bien cuite et délicieuse.

Une dizaine de soldats belges mangent également à une longue table. En mission, à des milliers de kilomètres de la Belgique. En mission pour Theo.

Nous portons un toast à Kamponde et à Lieve, mon épouse, qui contribue à offrir ce repas aux habitants de Kamponde et de Kankala. Sans Kankala, jamais on n’aurait parlé à Heusden, Genk, Louvain, Hasselt ou Zoutleeuw de Kamponde et des panneaux solaires sur la maison de notre père. Merci.

Je bois ma portion de Ricard avec « Luc & Jos ». Un air de chanson française en fond sonore. Jean Gabin et d’autres grands noms défilent.

J’envoie un message à Lieve. Elle me manque.

Bonne nuit.

Jos

 

Jour 10 


Un matelas trop fin et un soleil de plomb

La nuit dernière a été difficile. Un matelas trop fin, un ressort qui pousse, un moustique à l’intérieur du « sûr » moustiquaire.

Ma toilette du matin sous les tropiques se fait de manière rituelle, avec une précision quasi chirurgicale, dans l’ordre, étape par étape. Pour moi, c’est la seule manière de tenir dans ce cadre si sobre.

Puiser l’eau dans le tonneau, remplir le bassin, se laver, jeter le reste dans les toilettes, s’habiller, faire le lit, ranger. Je retourne entièrement mon matelas, comme ma femme me l’a appris. Je suis curieux de voir ce que donnera la prochaine nuit.

Ce matin, nous visitons un futur projet agricole. La famille congolaise‑portugaise Fernandes, qui transporte actuellement depuis Tongres l’installation solaire de Kamponde vers le Congo, est originaire de Kananga. Elle possède des dizaines d’hectares à Tshikaji, en périphérie de la ville. Une grande partie est offerte, avec sa mère, à Kankala pour un nouveau projet agricole destiné à la formation des enfants.

En route vers le domaine, nous longeons des kilomètres de routes asphaltées en construction. Des poteaux d’éclairage équipés de grands panneaux solaires sont installés, l’un après l’autre. Tout n’est pas sombre ici.

Au cœur de la savane, nous descendons par les chemins les plus étroits, sous un soleil de plomb, entre les hautes herbes, jusqu’à la rivière. « Terre fertile », disent nos agronomes. Un drone est lancé : l’option proposée par Fernandes est plausible. Un vaste terrain, repris par la nature après seulement trois années sans culture.

Retour au centre. Benoît a préparé un énorme poisson‑chat frais. Un délice.

Je fais une sieste. En Belgique, une habitude. En Afrique, une nécessité.

En bon "nettoyeur" de Zoutleeuw, je ramasse ici deux petits seaux de déchets plastiques et papiers dans la cour. La patio est maintenant impeccable. Une douche rafraîchissante, bassine sur la tête, suit.

 
Technique, Leffe et musique toscane

À quatre heures, Marc commence une réunion technique finale avec Pisco au sujet de l’installation solaire. L’abbé Joseph et notre collègue Emmanuel passent ensuite pour les derniers arrangements. Ils goûtent une Leffe. Leur première.

Demain, le jovial Pisco apportera son devis final. Tout devient concret.

Entre‑temps, de nouveaux routeurs ont été installés à Tsheila et Mitangu. Internet fonctionne à nouveau.

Les restes du poisson‑chat sont dévorés : tomates, riz, petites pommes de terre, noix de coco en dessert. Nous discutons. Nous fixons les rendez‑vous et planifions Mikalayi pour demain.

En arrière‑plan, de la musique toscane sur Spotify, programmée depuis longtemps par Lieve à la maison. Tout le monde est satisfait.

La bouteille de Ricard de "Luc & Jos" est déjà bien entamée. Trois amateurs chaque soir.

Mon petit message quotidien vers la maison suit.

Bonne nuit.

Jos

 

Jour 11 
 

Vers Mikalayi, mon village natal

Vendredi matin, je suis déjà debout à sept heures quinze, en short de pyjama. Jan et Johan, les voisins, discutent déjà dans la cour intérieure — l’oasis verte et fleurie de Mitangu, le siège du CrsK ici à Kananga. Tout est en ordre maintenant.

Je profite du moment, fais mentalement mes exercices de gymnastique du pays, puis rentre. Ma nuit a été merveilleuse. Enfin.

Aujourd’hui, la jeep blanche de Caritas prend la route vers Mikalayi. Mon village natal, la toute première mission de Scheut en 1890. Situé au sommet d’une colline, à vingt kilomètres de la ville. Un centre scolaire et hospitalier de grande renommée dans la région.

Jan a une affection particulière pour ce joyau colonial : comme infirmier dans les années passées, en remplacement du service militaire, comme membre d’« Artsen Zonder Vakantie », comme initiateur de la rénovation de la centrale hydroélectrique en 2020. Construite de manière rudimentaire par les Scheutistes en 1959, tombée en ruine à la fin du siècle dernier, puis entièrement restaurée par un groupe de Flamands. L’électricité apporte lumière et civilisation. Écoles, église, hôpital : tous bénéficient d’un courant de 220 volts, en continu. Incroyable.

Chaque année, lors de la mission à Kankala, Jan visite son « enfant chéri » : Mikalayi et sa centrale. Naturellement.

La route y mène par une large voie asphaltée ondulante, en passant le fleuve Lulua, aussi large que l’Escaut. Un nouveau pont est en construction. Je reconnais le courant puissant de mon enfance, les remous blancs, les grands rochers. Le Congo dans toute sa beauté.

Les cinq derniers kilomètres vers le sommet sont difficiles : secousses, glissades, ornières profondes, huttes authentiques, petites communautés, chèvres qui bêlent, enfants partout.

Une fois arrivés : une longue rangée de maisons délabrées, un presbytère, un palais épiscopal, et la plus belle — et surtout la plus fraîche — église du Congo, avec vitraux, plafond en bois et monuments funéraires. Une agréable surprise.

Nous visitons le couvent des sœurs, avec son jardin intérieur impeccable. Nous visitons l’orphelinat de Mikalayi, avec ses lits et son hygiène limitée. Nous visitons un bloc opératoire parfaitement propre, entièrement équipé. Tout fonctionne à l’électricité.

Des centaines d’enfants nous accompagnent en criant jusqu’au presbytère. Nos sandwiches sont dégustés avec une bière fraîche, puis nous descendons vers la barage, la centrale hydroélectrique au fond de la vallée.

L’ingéniosité des Scheutistes d’autrefois et des Flamands d’aujourd’hui. Petit lac de retenue, vannes, chute de trente mètres dans une conduite d’un mètre de diamètre, puis une turbine ultramoderne. Inimaginable. Tableaux électriques, voyants, instruments de mesure. Tout y est.

Deux Congolais assurent l’entretien quotidien, payés par l’abbé — du moins lorsqu’ils le sont. C’est aussi la raison de la visite de Jan.

Des nuages sombres s’amoncellent. Un orage éclate à côté de Mikalayi. Nous rentrons juste à temps.

 
Une soirée tranquille

La soirée est calme. Marc est chargé de chocolat et de biscuits Prince.

Nous écoutons Klara, puis le match Italie‑Belgique. Apparemment un excellent match. 1–0 à la mi‑temps lorsque j’arrête d’écrire.

Encore une goutte de Ricard « Luc & Jos ». Un message WhatsApp vers la maison.

Bonne nuit.

Jos

Jour 12 
 

Assemble générale

Sept heures quinze. Matin délicieux. Nuit parfaite, nuit silencieuse. Pas de musique nocturne, pas de salsa congolaise.

Je viens du monde du football. La Belgique a gagné hier soir à Rome, 0–2. Un match exceptionnel contre l’Italie. Je commence bien ma journée.

En fin de matinée, l’Assemblée générale de Kankala se réunit dans notre centre. Tous les partenaires sont présents, toutes les sous‑organisations également. La police locale, Protection de l’enfant, homme et femme en bel uniforme, est aussi de la partie.

Donatien, the old wise man, coordonne la réunion sans la moindre faille. Etienne présente, via un excellent PowerPoint, l’ensemble des activités. Professionnel, passionné, précis. Tout le monde écoute, captivé.

Des questions sont posées, des contacts sont établis avec le service social de la ville, une bière est partagée et une photo de groupe est prise.

Au menu du cuisinier : lapin sans pruneaux.

Je fais une sieste. Je dois l’avouer : je rêve de mon pays natal.

Pendant ce temps, Marc, Annie, Ward et Jan tiennent une réunion cruciale avec la direction, Buffalo et Etienne. La haute direction de Kankala.

 
Orage tropical et projets pour demain

Vers neuf heures, un violent orage tropical éclate au‑dessus de la ville. Une succession de coups de foudre, immédiatement suivis de tonnerre lourd. Une pluie intense. La ville entière doit être rincée.

Nous attendons ensemble, dans le salon, la fin de l’orage. Le bruit de la pluie battante est assourdissant.

Demain, dimanche. Jour de repos. Nous prévoyons une excursion vers une grande cascade sur la Lulua, à trois heures d’ici. Si les routes boueuses le permettent.

Un verre de Ricard « Luc & Jos » et mon message quotidien vers la maison.

Bonne nuit.

Jos

Jour 13 


Les Chutes de Katendé

Le petit matin est frais. Un orage a frappé la ville durant la nuit. La cour devant nos chambres a été nettoyée par la pluie. Les dernières flaques s’évaporent dans la terre rouge et trois bananiers gisent à terre, épuisés.

Dimanche, jour de repos. Nous partons en excursion.

À table, les appels avec Caritas fusent dans tous les sens. La grande cascade du Kasaï est au programme : Les Chutes de Katendé. Les dix derniers kilomètres sont des pistes de sable, difficilement praticables après l’orage nocturne.

Nous y allons.

Nous sommes sept, plus Étienne, entassés dans la jeep blanche de Caritas. Soixante kilomètres de larges routes asphaltées en direction de l’Angola. Aucun trafic, surtout des piétons et un flot ininterrompu de vendeurs de charbon de bois. Sur des vélos déformés et usés, jusqu’à cinq grands sacs de charbon sont transportés. Pousser, pousser, pousser. Montée, descente, vers les marchés de Kananga. Un effort immense pour un salaire dérisoire.

Je baisse la tête.

Soudain, à gauche : l’asphalte devient piste de sable. Droite, droite. Pas de boue, pas de trous profonds, pas de poussière. Nous passons devant des centaines de huttes, des centaines d’enfants qui crient de joie, et nous nous arrêtons un instant sur un marché animé. Une mer de monde.

Nous remontons dans la jeep. À partir d’ici, cela devient sérieux. La piste se rétrécit en un sentier de jungle. La jeep avance lentement, se frayant un passage dans des herbes de savane hautes comme des hommes. Toujours plus bas.

Puis soudain, le paysage s’ouvre et nous nous trouvons devant un véritable miracle africain.

Les Chutes de Katendé. En majuscules.

Une gigantesque cascade, large de plusieurs centaines de mètres, fumante, grondante, rugissante, précipite des millions de litres de la Lulua dans une masse bouillonnante et mousseuse, brun clair. En trois ou quatre niveaux.

Quarante, cinquante mètres de hauteur. Dans un grand mouvement en U, la Lulua tourne sous nos yeux, glissant sur d’immenses rochers aplatis, en direction de Kananga puis du fleuve Congo.

Aucun resort sur la rive. Aucun restaurant, aucune infrastructure. Rien. Seulement la beauté brute.

Je suis profondément ému par tant de beauté, par cette nature et cette puissance de l’eau dans leur forme la plus pure.

Cinq pêcheurs montrent leur savoir-faire avec des filets lancés. De grands poissons sont capturés et nettoyés sur place. Nous en achetons trois. Les plus belles photos sont prises. Un pique‑nique simple suit.

Retour vers le haut, retour dans la jeep, retour à Kananga.

 
Une journée parfaite

La journée ne peut plus être gâchée. Qu’un Américain devienne champion du monde, peu importe.

Pas de Ricard ce soir. Deux bières. Pas de Heineken.

Encore un dernier message.

Bonne nuit.

Jos

Jour 14 


Une journée "laisy"

Toute la nuit, il a plu intensément. Sept heures d’affilée. Étonnant de voir à quelle vitesse l’eau disparaît dans la terre rouge.

Le ciel est gris lorsque nous prenons le petit-déjeuner : lard, œufs et oignons. La spécialité matinale de Benoît.

Pour moi, ce sera une laisy day.

La direction de Kankala se réunit avec Marc, Annie et Jan. Les derniers détails sont réglés.

Johan et Ward travaillent avec deux jeunes collaborateurs à l’aménagement du grand jardin. Semis de graines, plantation d’arbres, nettoyage des parterres autour de la cour intérieure. Patio et jardin deviennent, sous les mains des agronomes, un Jardin d’Éden. Ou presque.

Les quatre qui repartent demain pour la Belgique commencent à faire leurs valises.

En début d’après‑midi, Marc, Annie, Ward et Jan ont rendez-vous chez l’Unicef, juste en face de la Maison Blanche de Tshisekedi. Contrôle minutieux pour tout le monde, puis la nouvelle tombe : le directeur de la protection de l’enfance n’est pas là 😔. Nouveau rendez-vous 🙏.

 
Dernière soirée

À sept heures, nous partons tous en pickup vers le restaurant. Marc et Jan, comme des rois, assis sur une chaise en plastique bleue à l’arrière.

C’est l’un des meilleurs endroits. Longue table, lumière tamisée, match Zimbabwe‑Congo sur grand écran, délicieux poisson pour tout le monde — sauf la moambe de poulet pour Jan.

Une petite prestation chantée d’Étienne, puis retour à la maison.

Nous captons encore Belgique‑France à la radio, puis allons dormir. Dernière nuit ici.

Dernière gorgée de Pernod "Luc" & Jos. La bouteille est vide. Dernier message vers la maison.

Zoutleeuw, Heusden, Kuringen, nous arrivons.

Bonne nuit.

Jos

 

Jour 15 


Dernier matin

À six heures quarante‑cinq, mon téléphone sonne. Je me lave soigneusement, termine mes valises, range et balaie ma chambre, fais mon lit. Johan, qui reste avec Ward et Jan, récupère maintenant ma chambre : toilettes privées, petite douche sans robinets, télévision (jamais utilisée !), grand tonneau noir d’eau et bassine en plastique jaune‑vert. Il y a de quoi déménager pour moins que ça.

Dernier petit-déjeuner — vous savez déjà lequel. Un au revoir émouvant, avec un bref discours de remerciement d’Étienne et une prière sobre et juste de Beya Beya pour un retour en toute sécurité. Il est the old wise man du Milieu Extern, l’accueil ouvert, le moteur du CrsK.

Tout le monde monte dans le pickup, direction l’ancienne piste d’aviation où Marc et moi avons fui le Congo en 1960, il y a soixante‑cinq ans, avec toute la famille Ceyssens. Je reconnais encore tant de détails.

Cris, bousculades, contrôles, noms notés au stylo dans une chemise brune, valises ouvertes, contrôlées, refermées. Des matabis partout. Deux heures d’attente dans une « salle » misérable. Douze dollars d’entrée, puis un Coca‑Cola en bouteille.

Lire, faire défiler, attendre.

Avec trente minutes de retard, nous décollons vers Kinshasa, traversant les plus hautes et les plus belles cumulus blanches, pour atterrir deux heures plus tard à Kin.

Cris, bousculades, contrôles. Contrôle Ebola intensif, valises à nouveau ouvertes, inspection minutieuse, valises refermées, contrôle douanier électronique et, après une heure et demie, enfin la grande salle moderne des départs. Toilettes impeccables, airco, petite restauration, boutique tax‑free limitée. Un sandwich au fromage et un café tiède.

Je rédige pour Annie mon dernier compte rendu de ce voyage.

Ce soir à 21 h, l’avion décolle. Demain matin, à 6 h 15, nous atterrissons à Zaventem.

C’est bien, et honnêtement, c’est assez. Je languis de ma maison. Je ne suis pas le seul.

Encore un petit message.

Bonne soirée.

Jos
 


Ward raconte.

Pendant que vous avez dû faire preuve d’une patience infinie dans les aéroports, nous avons continué à travailler. Johan et moi dans le jardin, Jan à l’intérieur, avec quelques visiteurs.

"L’homme‑à‑tout‑faire" Daniel a bouché tous les trous dans le mur d’enceinte. Et le jardin commence à avoir fière allure. Mais les jardiniers devront produire du compost s’ils veulent récolter. La terre est si pauvre. Mais il y a de l’espoir.

Germaine, de la cuisine, a apporté les poissons de Katendé au foyer des garçons. Ils ont été appréciés.

Cet après‑midi, nous avons vu votre avion arriver puis repartir.

En début de soirée, pour la deuxième fois, nous avons aperçu un martin‑pêcheur, avec son beau chant. Et pour clôturer la journée : un magnifique coucher de soleil.

Bon retour chez vous.

Ward

Jour 16
 

Ward raconte

Aujourd’hui, nous avons travaillé en ordre dispersé : Jan est parti à Mikalayi, tandis que Johan et moi avons pris la direction du Village des garçons.

Le matin, Buf nous a réservé une surprise : la benne du pick‑up était remplie de fumier de porc, dégageant une odeur… particulièrement présente. Nous en avons déchargé la plus grande partie à Mitangu, et le reste était destiné au Village. Nous nous sommes immédiatement mis au travail : préparation des lits de semis, construction d’un tas de compost.

Ma théorie selon laquelle une feuille d’arbre vaut un franc congolais — vu sa valeur nutritive pour le compost — a été accueillie avec un certain scepticisme. Et pourtant, c’est vrai : la terre ici est souvent si pauvre que les légumes peinent à pousser.

Les garçons du Village doivent eux aussi se débrouiller avec très peu. Après la — très courte — matinée d’école, où ils sont impeccablement vêtus de chemises blanches et de pantalons bleus, ils troquent leur uniforme pour leurs vêtements de tous les jours. Même si ce dernier terme est peut‑être un peu trop flatteur 😊 Leurs habits de jeu, dans lesquels ils se défoulent joyeusement, ont largement fait leur temps et mériteraient d’être remplacés.

À midi, les enfants prennent leur repas traditionnel : leur bien‑aimée bidea, aussi appelée boule nationale.

Ensuite, à la demande de Marc, j’ai essayé de cartographier tous les pavillons : quelles pièces sont actuellement vides, lesquelles sont utilisées, et à quelles fins ? Et pourrait‑on y installer, à l’avenir, de petites familles d’accueil (familles d’accueil) ?

Dans les prochains jours, chaque fois que je serai au Village, j’étudierai la situation plus en profondeur.

Affectueuses salutations au pays, et à tous ceux qui sont déjà rentrés !

Ward

 

Jour 17
 

Ward raconte

Merci pour les messages d’encouragement de tous ceux qui sont déjà rentrés en Belgique !

Aujourd’hui, nous sommes retournés au Village pour poursuivre les activités agricoles. Buf — avec Johan à zijn zijde — n’avait jusqu’ici nog nooit vastgezeten 😊. Il a donc décidé de montrer comment il fallait faire 😊. Résultat : nous sommes restés complètement embourbés pendant une heure ! Heureusement, nous avons pu appeler Étienne, et le sauvetage n’a pas tardé.

Une fois arrivés au Village, les plus petits — et déjà quelques plus grands — étaient de retour de l’école. De l’aide en suffisance !

Nous nous sommes immédiatement mis au travail : planter des graines, rassembler des feuilles et des déchets de cuisine pour le tas de compost. Pendant ce temps, on creusait vigoureusement sur le grand terrain que Daniel & co avaient soigneusement mesuré la veille.

Le fait que Johan et moi retroussions nos manches tout en donnant quelques explications fait, espérons‑le, réfléchir certaines personnes — c’est en tout cas l’objectif. Même Buf est venu jeter un œil ce soir dans le jardin de Mitangu. Christian rayonnait de fierté.

Bonne soirée à tous !

Ward

 

Dag 18
 

Ward vertelt.